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Prologue

Le trône et l'annonce

Le trône était froid sous ses cuisses, comme si la pierre elle-même refusait de garder la chaleur d'un roi qui n'en avait plus l'usage. Les tapis, jadis brodés des victoires et des alliances, avaient perdu leur éclat ; les bannières pendaient, lourdes de poussière et de promesses oubliées. Autour de la salle du trône, les torches jetaient de longues ombres hésitantes, dessinant sur les murs des silhouettes qui semblaient attendre un ordre que personne n'osait prononcer.

Il était là, immobile, plus spectateur de sa propre vie que maître d'un royaume. Les années l'avaient poli et rongé à la fois : la couronne pesait comme un souvenir, et le regard du roi, autrefois vif, s'était retiré derrière une paupière lasse. Les conseillers parlaient à voix basse, comme pour ne pas réveiller quelque chose qui sommeillait sous la pierre.

Le mage entra sans bruit, comme s'il avait appris à se mouvoir selon la respiration du palais. Ses pas étaient mesurés, ses mains portaient des parchemins et une lueur d'angoisse que même ses robes ne pouvaient dissimuler. Il s'agenouilla devant le roi, et la salle retint son souffle.

Le roi leva la tête. Il n'y eut ni colère ni joie dans son regard, seulement une curiosité fatiguée. Le mage posa devant lui un coffret de bois noir, cerclé d'argent gravé de runes anciennes. Quand il l'ouvrit, une lumière pâle s'échappa, comme si l'aube elle-même avait été enfermée entre les lames d'un secret.

— Mon seigneur, dit le mage d'une voix qui tremblait, nous avons trouvé ce que nous cherchions.

Le roi sourit sans amusement. Les mots « ce que nous cherchions » avaient le goût d'un mensonge trop souvent répété. Pourtant, quand le mage prononça le nom, quelque chose de plus ancien que la peur traversa la poitrine du roi.

Nerecleiss, murmura le mage. L'épée de Nerecleiss.

Le nom fit écho dans la salle comme un glas. Nerecleiss, la déesse de cristal dont les légendes parlaient en fragments et en avertissements ; Nerecleiss, dont la disparition avait laissé des cicatrices dans la terre et dans les cœurs. L'épée était plus qu'un artefact : c'était une promesse, une clé, un verdict.

Le roi se leva lentement. Ses doigts effleurèrent la garde de l'épée, et pour un instant il crut sentir sous sa peau la mémoire d'un autre corps, d'un autre souffle. Les souvenirs affluèrent — des images brisées d'un fils riant dans un jardin, d'un banquet interrompu par des cris, d'une forêt où la lumière se tordait en griffes.

Rastacan. Le nom du fils, du prince, du roi-serpent. Le roi sentit la gorge se serrer ; la couronne devint un anneau de plomb.

— Nous pouvons le délivrer, dit le mage. Nous pouvons briser la malédiction.

La salle se tut. Les conseillers échangèrent des regards qui disaient tout et rien : espoir, doute, calcul. Libérer Rastacan signifiait rendre au monde un fils perdu, mais cela signifiait aussi réveiller un pouvoir que l'on ne comprenait plus. La malédiction qui avait fait de Rastacan le roi-serpent n'était pas seulement une métamorphose du corps ; elle avait tissé sa toile dans les terres, dans les guildes, dans les rêves des hommes.

Le roi posa la main sur le coffret. Sa voix, quand elle sortit, était plus faible qu'un souffle, mais elle portait la décision d'un règne.

— Faites appel aux huit guerriers sacrés, ordonna-t-il. Faites les venir pour prendre charge de la quête de libération du roi serpent.

Dans la nuit qui suivit, des messagers partirent comme des ombres, porteurs d'un appel qui traverserait les guildes et les frontières. Chacun d'eux emportait une part de l'espoir du roi, et chacun d'eux savait que l'espoir avait un prix.

Puis il souffla, et la flamme d'une torche vacilla comme pour répondre. Le destin, pensa-t-il, n'attendait pas l'accord des hommes. Il avançait, inexorable, et il demandait un prix.

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Ambiance
Le Sacre
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