La Prophétie du Traître
L'histoire de Kleindinar et de la naissance de ShabakanAvant d'être l'Île du Sacre, ce territoire se nommait l'Île des Armures Sacrées. Huit armures y étaient gardées — portées par huit hommes et femmes choisis pour défendre la Porte d'Ambre Noir contre le mal du monde. Ces gardiens étaient appelés les Chevaliers du Sacre. Leur mission : accomplir la formule de fermeture de la Porte à chaque génération.
Parmi les jeunes protecteurs de l'île vivait Kleindinar — un garçon curieux, studieux, passionné par les grimoires anciens. Il n'était pas encore chevalier. Il n'était que gardien des bibliothèques. Mais il lisait tout.
Un soir en farfouillant dans les couloirs de la bibliothèque, Kleindinar tomba sur un grimoire qu'il n'avait jamais vu. Sur sa couverture : des symboles sans nom. À l'intérieur : l'histoire d'un chevalier — le Chevalier des Clefs.
Son père mourant allait le lui céder — c'était la loi.
Mais la reine s'interposa. Elle obligea le roi à bannir son propre fils
et donna le pouvoir à sa fille — la fille de la reine, et non du père.
Sombre histoire de coucherie, se dit-on à l'époque.
Le chevalier jura de se venger et de reprendre son dû.
Kleindinar referma le grimoire. Il resta longtemps sans bouger. Puis il y retourna. Et en fouillant plus loin dans les archives, il découvrit que le Chevalier des Clefs n'était pas une légende. C'était le début de la formule de protection de fermeture de la Porte d'Ambre — celle que devaient accomplir les huit chevaliers sacrés.
Kleindinar décida de l'apprendre. En secret. Seul dans sa cellule, la nuit, il déchiffrait les symboles anciens. Il ne savait pas encore ce qu'il déclenchait.
Alors qu'il apprenait la formule lors d'une séance nocturne, quelque chose d'étrange se produisit. Kleindinar fut téléporté. Instantanément. Sans signe avant-coureur. Il se retrouva debout devant l'entrée d'une grotte inconnue.
Lent. Ancien. Usé.
« Klein... Klein... Viens à moi.
Je te libèrerai de ta puissance cachée.
Toi seul deviendras le gardien de la porte. »
Kleindinar descendit. Au fond de la grotte, à la limite de la vie, gisait un vieux serpent immense. Un serpent à la fin de ses jours. Et Kleindinar comprit — c'était le Chevalier. Celui qui n'avait jamais eu son trône. Celui qui avait disparu dans la forêt des siècles plus tôt.
Kleindinar s'approcha du vieux serpent. Il vit dans ses yeux quelque chose qu'il ne s'attendait pas à voir : de la tristesse. Pas de la haine. Pas de la colère. Juste une tristesse infinie et un souffle qui s'éteignait.
Kleindinar dit : « Je peux vous aider. On peut vous rendre votre trône. »
« Non, mon ami. Mon cœur se meurtrit.
Il ne me reste que quelques souffles de vie.
Toi, homme de sang et de chair — je te fais le don d'Héréclès.
La force des éléments. Fais de toi animal de sang froid.
Deviens moi — le plus rampant.
Prends place. Va vivre sous terre.
Attends les huit chevaliers. Absous-les.
Et laisse la Porte d'Ambre libérer ma vie. »
Au même instant — comme si les dieux avaient attendu ce moment précis pour intervenir — Héréclès apparut. Avec lui : Solkanaus et Dragus. Et une garde de mages de l'Île du Sacre, venus pour abattre le serpent.
Trop tard.
Le sort d'échange de cœur venait d'être accompli. L'ancien dieu serpent — autrefois Seigneur des Éléments, don de Nerecleiss à la terre — venait de transférer sa puissance. Kleindinar le Jeune, gardien de bibliothèque, fils de rien, portait désormais en lui le pouvoir d'un dieu ancien.
Et ce pouvoir — nourri de siècles de rancœur, de trahison, de convoitise héritée d'une mère ambitieuse — se corrompit en l'espace d'un battement de cœur.
s'était nommé Shabakan — le dieu des éléments à peau de serpent.
Il était bon. Il était sage. Il était vieux.
Porté par Kleindinar le Traître, fils de convoitise et de destruction,
il devint Shabakan le Maudit.
Dieu Serpent. Maître des Abysses.
N'est que convoitise et destruction. Rien d'autre.
Kleindinar disparut sous terre en un instant. Les trois dieux ne purent l'attraper — sa puissance était désormais telle qu'elle aurait détruit Terra elle-même s'ils avaient combattu.
C'est alors qu'un mage de la garde eut une idée. Avant que Kleindinar ne disparaisse entièrement, il plaça sur lui le Sceau de Remplacement du Cœur — pour éviter de lui accorder l'immortalité complète, et créer une faille : la possibilité d'arracher le cœur.
Les trois dieux se réunirent avec les guildes de Terra. La Porte d'Ambre Noir ne pouvait pas être détruite — Shabakan était trop puissant. Mais elle pouvait être scellée. Maintenue fermée. Si — et seulement si — 14 sceaux magiques restaient en place. Un par guilde. Un engagement de chaque pilier de Terra.
Le Sacre — pour ne jamais laisser le mal passer la porte.
Et que tout soit réduit à néant.
C'est en cela le Sacre.
LE SACRE — La Prophétie du Traître
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